Le divin sans la déité
Traduction du grec assistée par IA. Original grec
Il est une question que tout être humain ayant vu la structure de la souffrance dans le monde est un jour contraint de poser. Pourquoi le monde est ainsi. Pourquoi la vie se nourrit de la vie. Pourquoi les animaux dévorent d’autres animaux. Pourquoi un nourrisson peut souffrir sans raison. Pourquoi il existe des camps, des orphelinats, des abattoirs grillagés où des vaches attendent en rang tandis que des machines leur prennent leur lait.
La théologie traditionnelle répond à ces questions par des schémas qui ne résistent pas à un examen attentif. Que la souffrance est le prix de la liberté humaine. Que la souffrance éduque. Que la souffrance est un mystère qui dépasse notre compréhension. Aucune de ces réponses n’explique la souffrance là où la liberté humaine n’entre pas en jeu — dans le règne animal, chez les nourrissons qui meurent avant d’accéder à la conscience, dans la structure même de l’évolution, qui fonctionne par la mort des vaincus.
J’aurais honte d’un dieu qui aurait choisi de créer un tel monde. Cette honte n’est pas de l’athéisme. Elle est la juste réaction morale devant une image de dieu que la théologie elle-même a fabriquée et que personne n’a corrigée. Si dieu est tout-puissant et a choisi ce monde, alors le jugement porté contre lui est justifié. Si la réponse est « nous ne comprenons pas ses raisons », alors cette réponse renonce à la position même qu’elle défend.
Il existe pourtant une autre possibilité, qui n’a pas été formulée assez clairement.
Dieu n’est peut-être pas ce que nous attendions. Non parce qu’il n’existe pas. Mais parce qu’il n’est pas un sauveur au sens où l’imagination enfantine de l’être humain l’a imaginé. Sa manière de ne pas intervenir en sauveur n’est ni un abandon, ni une faiblesse, ni une méchanceté. C’est un acte de confiance. Il nous laisse de l’espace. Il n’intervient pas pour nous obliger à devenir ce que nous devons nous-mêmes devenir. Son retrait est la condition de notre passage à l’âge adulte.
Dans cette perspective, ce que nous attendrions de lui n’est pas retiré du monde — cela nous est transféré. L’amour, la justice, le soin, la consolation — tout ce que nous voudrions que dieu fasse pour nous et pour les autres — deviennent notre propre tâche. Non parce que dieu est absent. Mais parce que la nature divine elle-même se manifeste comme un transfert progressif de la possibilité vers l’être humain.
Il faut ici une distinction que l’on ne fait généralement pas. Entre la déité et le divin. La déité est un statut — je suis dieu, je contrôle, je décide. Lorsque des êtres humains ont cru pouvoir posséder la déité, le résultat a été Auschwitz, les camps, toutes les formes d’idéologie exterminatrice. La déité comme appropriation conduit à l’abus.
Le divin est autre chose. Ce n’est pas un statut que l’on acquiert. C’est une manière d’être que l’on assume. Tu agis divinement non parce que tu es dieu, mais parce que tu reconnais que ton existence même porte une possibilité qui dépasse ton simple fonctionnement biologique. Le divin n’est pas retiré à dieu — il passe en toi comme possibilité d’action.
Comment savons-nous ce qu’est un acte divin. Nous n’avons pas besoin de révélation pour le savoir. Chacun de nous sait ce qui le fait souffrir. Il sait donc aussi ce qui ne le fait pas souffrir. Et cette connaissance nous donne un accès direct à ce qui fait souffrir l’autre ou ne le fait pas souffrir. Notre douleur est le critère. Tu n’as pas besoin de théorie pour reconnaître que la fourmi écrasée souffre — tu le sais parce que tu sais, toi, ce que signifie être écrasé.
L’acte divin que l’être humain prend en charge n’est pas un triomphe. Il ne remplit pas celui qui l’accomplit d’un sentiment de victoire ou de supériorité morale. Il contient une mélancolie qui ne s’en va pas. Cette mélancolie n’est pas une fatigue personnelle. C’est la reconnaissance que le monde a été fait de telle sorte qu’il faut que quelqu’un agisse divinement, et que cette nécessité est en elle-même un poids. Tu agis divinement parce que l’écosystème n’est pas divin. S’il l’était, tu n’aurais pas à le faire toi-même. Ton acte présuppose un manque dans le monde. Et l’acte ne comble pas ce manque — il le réduit, mais ne change pas la structure qui l’a produit.
La mélancolie est la mémoire du « cela ne devrait pas être nécessaire » au sein du « j’agis ». Ce que je fais est juste, mais le monde qui m’a obligé à le faire ne l’est pas. Cette dualité — acte juste, condition injuste — maintient la mélancolie vivante jusque dans l’instant de l’action.
Et peut-être est-ce cette même mélancolie que dieu éprouverait s’il prenait explicitement conscience de sa propre position. Car lui aussi agit — ou laisse des choses se faire — dans un monde dont la nature même comprend la souffrance. Son embarras face à lui-même n’est pas différent de celui de l’être humain devant la nécessité d’agir divinement dans un monde dont la structure ne garantit pas le caractère divin.
Cette mélancolie commune est le point où la relation entre l’être humain et dieu cesse d’être hiérarchique. Il n’y a plus dieu en haut et l’être humain en bas. Tous deux se trouvent dans la même difficulté, à des échelles différentes. Dieu dans sa propre position abstraite face à lui-même. L’être humain dans sa propre position concrète face au monde. Mais le mouvement est commun. Ils partagent un poids que ni l’un ni l’autre n’a choisi, mais que tous deux doivent porter.
Ce que le discours traditionnel appellerait le salut prend ici une autre forme. Tu n’es pas sauvé parce que quelqu’un vient te sauver. Tu deviens celui qui pourrait sauver, à la petite échelle qui t’échoit. Tu ne crois pas en un dieu tout-puissant qui remettra les choses en ordre. Tu deviens le compagnon de route d’un dieu qui porte lui aussi le poids insupportable d’être ou de devenir — nous ne savons pas lequel — dieu.
La foi ne se mesure pas ici à la déclaration, mais à l’acte de prise en charge. Celui qui prend en charge le bien qu’il espérerait de dieu met en pratique la nature divine, indépendamment de ce qu’il croit quant à son existence. Celui qui invoque dieu sans prendre en charge trahit ce qu’il invoque.
La liberté qui naît ici n’est ni rupture ni révolte. C’est un cheminement partagé. Une relation avec quelque chose dont tu ne sais pas s’il existe sous la forme que tu imaginais, mais vers quoi le mouvement te fait devenir ce que tu espérais qu’il serait. Le chemin lui-même devient le lieu où dieu et l’être humain se rencontrent — non comme maître et esclave, mais comme deux êtres qui partagent le même insupportable.